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Vieillir de façon sereine

Chaque âge a ses découvertes, comment les mobiliser ?

On associe souvent le fait de « grandir » ou de « mûrir » à l’idée d’apprentissage. Mais quand on parle de « vieillir », on sous-entend plutôt l’idée de déclin et de restriction. Or, même si l’expérience du vieillissement et de la vieillesse est en partie marquée par la perte et la vulnérabilité, il est exagéré de penser que cela engage forcément le repli sur soi et la réduction des intérêts. Mobiliser une dynamique de découverte participe du chemin propre à chacun, de ses goûts et de ses ressources. Ce n’est pas parce qu’on est moins vaillant, moins endurant, peut-être moins en phase avec le monde tel qu’il va, que la curiosité s’étiole. Être avancé en âge permet de regarder le monde autrement, parfois avec recul, parfois avec impatience, parfois avec aigreur et désenchantement, mais aussi avec fraîcheur et implication.

En quoi est-ce que bien vieillir, c’est un temps de compromis, de construction et d’invention pour vivre encore et se rencontrer enfin ?

Bien vieillir est une notion complexe. On ne peut évidemment pas souhaiter mal vieillir. Mais quand « bien vieillir » signifie vieillir sans problème et sans perte, on assiste à une dérive idéologique d’une redoutable violence. Notamment pour celles et ceux qui s’affrontent au quotidien à leurs moindres capacités physiques et cognitives, qui cherchent des repères ayant du sens pour eux dans la société d’aujourd’hui, qui se regardent dans la glace et se demandent s’ils sont encore aimables. Bien vieillir ne consiste pas à dompter ce qui nous arrive, mais à l’apprivoiser. Il s’agit d’un subtil équilibre, toujours singulier, qui conduit à renoncer sans abandonner ni désavouer, qui peut vouloir créer encore, penser l’avenir, mais sans mobiliser des idéaux inatteignables.

Peut-on faire ce travail psychique seul ? Ou faut-il se faire accompagner par un professionnel ?

Il s’agit d’un travail psychique complexe qui mobilise tout à la fois ce qui fait l’actualité de vie de chaque personne et ce qui, de son histoire, de ses ressources et fragilités psychiques, est susceptible de refaire surface. Perdre, manquer, renoncer, s’autoriser d’avoir du plaisir, avoir confiance en soi, tout cela n’est pas qu’une affaire de grand âge, loin de là ! Femmes et hommes font tous, à plus ou moins grand degré, avec de plus ou moins grands dommages, l’expérience de la déception, de l’échec, des tensions dans la vie amicale, conjugale, du doute quant à l’avenir, etc. Parfois, il est nécessaire de parler à quelqu’un pour se rencontrer soi, pour dénouer ce qui fait souffrir. Il n’y a pas de honte à faire cette démarche courageuse pour ne plus subir et tenter de se tenir debout dans sa propre vie.

Benoît Verdon, psychologue clinicien, psychanalyste. Professeur à l’Institut de Psychologie de l’Université Paris Descartes. Auteur de l’ouvrage Le vieillissement psychique, paru dans la collection Que sais-je ?